On y apprend la suspension d'un an d'un prêtre car il a oublié de dire "ceci est mon corps" pendant le récit de l'institution... Effectivement, cela rend l'eucharistie invalide, comme le précise l'article. Mais on peut tout de même être légitimement surpris du positionnement du cardinal archevêque d'Utrecht, Willem Jacobus Eijk.

La première surprise, c'est la lourdeur de la sanction. Soit il y a d'autres raisons qui justifient cette lourdeur et que l'article ne détaille pas, auquel cas, l'information est erronée et induit le lecteur en erreur (ce ne serait pas étonnant, vu le manque de professionnalisme de beaucoup de média lorsqu'il s'agit de questions de religion), soit ce cardinal s'avère être un homme bien peu charitable et humain face à ce qui semble être "un oubli", une maladresse non intentionnelle.

Mais ma surprise principale réside dans cette conception un peu magique de l'Eucharistie, où à cause de la défaillance accidentelle d'un ministre, l'Eucharisitie est déclarée invalide et cet accident, considéré comme une faute. Il me semble, même si je ne connais pas bien le cadre de cette notion qu'il existe une "juridiction de suppléance" dans l'Eglise que l'on résume souvent sous la formule latine Ecclesia supplet, l'Eglise supplée, l'Eglise prodigue.

Le fondement de ma surprise repose sur trois réflexions :

  • La grâce de Dieu dépasse largement le cadre et les moyens qu'il donne à son Eglise. Le Christ va-t-il refuser de se donner dans le pain et le vin eucharistique uniquement parce que le ministre ordonné a un moment d'absence ? Je trouve cette vision un peu étriquée.
  • La juridiction de suppléance prévoit justement que, lorsqu'un sacrement n'est pas célébré dans les formes ordinaires, dans des cas d'urgence (ex : baptême donné par un laïc ou même un non chrétien à une personne mourante), ou bien à cause d'un défaut de forme non intentionnel (ce qui semble être le cas ici), l'Eglise "supplée".
  • Car l'Eglise prodigue une grâce intrinsèque qui lui vient de Dieu : le premier sacrement de l'Eglise, c'est l'Eglise elle-même, comme peuple de Dieu, corps du Christ, temple de l'Esprit, les formes sacramentelles n'étant "qu'une" signature de l'amour de Dieu dans l'espace et le temps.

Bref, tout cela pour dire que je suis très surpris que l'aspect juridique prenne apparemment le pas sur la foi dans la grâce surabondante de Dieu dans ce genre de situation. Qu'en pensez-vous ?