Le Ch'ti Bonheur

« Je voulais vivre intensément et sucer toute la moelle de la vie ! Mettre en déroute tout ce qui n'était pas la vie, pour ne pas m'apercevoir, à l'heure de ma mort, que je n'avais pas vécu. » (H.D.Thoreau)

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L'inévitable comparaison

On dit souvent qu'on ne peut pas comparer ce qui n'est pas comparable. Quand on vit une expérience d'expatriation, on met parfois sur le dos de ce dicton la responsabilité de ne pas oser ou de fuir une réflexion profonde sur les différences interculturelles, et par conséquent de rester à la surface des choses.

L'apprentissage

Mais tout apprentissage se fait en partant de ce qu'on connaît. C'est le point de départ, la référence. Et quand on se trouve plongé dans une autre culture, où l'on ne comprend ni la langue, ni les us et coutumes, la phase de découverte ne peut se faire qu'en comparant, en prenant acte du décalage évident entre les gènes de cette culture et ma propre génétique.

Altérité, carapace et indifférence

Comparaison Une fois ce décalage pris en compte se pose la question de savoir ce qu'on en fait. Je croise parfois des personnes qui se mettent à l'écart des choses, qui n'investissent pas cette altérité et qui en restent à un simple constat de différence.

Cette comparaison analytique, ce positionnement d'observateur qui ne s'investit pas mais qui au final subit la différence est peut-être une manière de se protéger,de ne pas être atteint, une carapace ou bien tout simplement un désintérêt pur et simple, une sorte d'indifférence polie.

Altérité et rejet

Face à l'étrangeté de la culture d'immersion, on peut aussi avoir envie de tout rejeter en bloc. Tout simplement parce qu'on ne comprend pas, qu'on a peur, qu'on se sent agressé, oppressé. Je pense que tous les expatriés ressentent quelque chose de cet ordre-là à un moment donné. La question est de savoir, encore une fois, ce qu'on en fait.

Le piège est de tomber dans la comparaison jugement de valeur, qui compare pour critiquer, dévaloriser, dénigrer. Cette attitude va souvent aussi de pair avec un phénomène de retrait et de fuite pour se réfugier dans une bulle culturelle plus proche de nos références. C'est aussi une manière de se protéger.

Avoir envie de revenir à ses racines culturelles de temps à autre, c'est tout à fait normal, naturel et vital. Mais je crois qu'il faut être vigilant à ne pas fuir, et à vérifier la qualité de son regard sur notre société d'accueil, à cultiver un a priori de bienveillance. J'ai parfois croisé des expatriés qui n'en finissent pas de vomir sur le Vietnam et les Vietnamiens, mais qui vivent dans une bulle et ne voient pas un Viet à moins de 2km... Assez insupportable...

Sortir de soi en restant soi-même et aimer dans la durée

Je crois que la comparaison ne peut devenir constructive que si elle nous même à la démarche suivante : face à ce constat d'altérité profonde, et en tenant compte du fait qu'on ne comprend rien ou peu, accepter d'oublier un peu ses petits schémas, ses petits principes et accepter de tout réapprendre de A à Z, comme un enfant. Pour cela, trois choses sont nécessaires :

  • Durer dans le temps, malgré les difficultés, le sentiment d'isolement, les moments de désespérance et les envies furieuses de sauter dans le premier avion pour entrer chez soi. Accepter de ne rien comprendre, accepter la frustration que lorsqu'on pense avoir compris un peu, on prend conscience qu'on ne comprends encore rien et qu'il faudra encore énormément de temps. Apprendre à aimer ce temps nécessaire comme une promesse de croissance et de renouveau.
  • Ne pas oublier qui on est et d'où l'on vient. Cela peut sembler paradoxal, mais le but d'un voyage initiatique n'est pas de se perdre, mais de révéler à travers un autre prisme, la culture d'accueil, sa manière propre d'habiter cette nouvelle culture. S'oublier serait se trahir profondément, et il ne s'agit pas de s'appauvrir mais de s'enrichir en abandonnant le superflu. Ainsi, le lien avec ceux qui font l'histoire de notre humanité, famille et amis, est fondamental.
  • Accueillir de nouvelles personnes à aimer dans sa vie. Car l'amour est la clé de toute cette aventure. On ne peut pas vraiment comprendre la culture de quelqu'un si on ne l'aime pas, si on ne le respecte pas, si on n'a pas un regard se bienveillance sur lui. Dans une autre culture, certaines choses font sens alors qu'elles n'en ont aucun dans la mienne. Seul l'amour qu'on a envers ceux pour qui ces choses ont du sens permet d'en découvrir la valeur.

Humilité, naïveté et progrès

Si cette démarche invite à l'humilité, à ne pas considérer que j'ai raison, que ma manière de faire est la meilleure, il ne faut cependant pas être naïf. Toute culture doit progresser. Car il ne faudrait pas tomber dans un relativisme malsain et fermer les yeux sur tout. Parfois, il faut oser nommer ce qui abîme l'homme et qu'il faut changer, et ce qui grandit l'homme et qu'il faut développer.

D'un point de vue chrétien, toute culture doit être évangélisée, même celles qui ont déjà reçue le message du Christ. Il est d'ailleurs intéressant de voir, dans une culture donnée, quels sont les passages de la bible qui chatouillent les gens. Cela est souvent très révélateur de nos "mauvais gènes" et de nos axes de progression. C'est la force de la Parole de Dieu qui ne nous laisse jamais tranquille et qui nous dérange. Par exemple :

  • En France, les passages sur l'autorité, l’obéissance laissent les gens un peu froids, hyper-indépendants et centrés sur nous-mêmes que nous sommes. Mais dans la culture Vietnamienne, ils ne dérangent pas pour les mêmes raisons, car la hiérarchie est très forte ici. Ils dérangent car ils bousculent et renversent l"ordre de cette hiérarchie.
  • Au Vietnam, tous les passages de l’Évangile qui mettent de la distance avec les liens familiaux pour mieux se centrer sur le Christ sont assez mal vécus, car les liens familiaux sont parfois quasi-idolâtres ici, alors que ces textes ne posent pas de problèmes en France dans un contexte où les liens familiaux sont plus flexibles.

Conclusion

La comparaison est inévitable. Mais il y a une manière d'habiter cette prise de conscience de l'altérité qui peut être mortifère et une autre qui va conduire au silence, à l'écoute, au dialogue, à l'émerveillement, à aimer plus. C'est un travail de positionnement intérieur à refaire et à rechoisir chaque jour, joyeusement, comme la promesse d'un nouveau monde.

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