Le Ch'ti Bonheur

« Je voulais vivre intensément et sucer toute la moelle de la vie ! Mettre en déroute tout ce qui n'était pas la vie, pour ne pas m'apercevoir, à l'heure de ma mort, que je n'avais pas vécu. » (H.D.Thoreau)

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Que ton Règne Vienne !

Cette homélie a été écrite pour la fête anniversaire de la mort du Père Emmanuel d'Alzon, fondateur des Augustins de l'Assomptions et des Oblates de l'Assomption.

Une prise de conscience progressive

La perception qu’ont les croyants du Royaume de Dieu n’a cessé de devenir de plus en plus précise tout au long de l’histoire Sainte. Ainsi, je pourrais vous dire que tout commence par une promesse, faite à Abraham, d’une descendance nombreuse et d’un pays[1]. Puis que c’est l’histoire d’une alliance, avec le peuple d’Israël, par l’intermédiaire de Moïse, et l’expérience d’un Dieu qui libère[2].

Ou bien, d’une prise de conscience que Dieu ne peut pas se satisfaire pas de l’injustice envers les Martyrs d’Israël, et que la mort n’est donc qu’un passage, premier pas de foi des Juifs en la résurrection des morts[3]. Ou encore d’une espérance politique des Juifs de l’époque de Jésus, qui espèrent un Messie qui chassera les Romains, espérance que Jésus ne comblera pas[4].

La résurrection de Jésus donne un véritable coup d’accélération à cette prise de conscience du projet global de Dieu : certes, il y aura la résurrection des morts, qui au passage, n’est pas une résurrection de l’âme, mais qui assume totalement la vie humaine et le corps de chair comme en témoignent les récits de la résurrection[5], mais il y aura aussi des « cieux nouveaux et une terre nouvelle »[6], où « Le loup habitera avec l'agneau, Et la panthère se couchera avec le chevreau ; Le veau, le lionceau, et le bétail qu'on engraisse, seront ensemble, et un petit enfant les conduira »[7].

Bref, le Royaume de Dieu, ce n’est pas seulement une histoire de résurrection personnelle : en Jésus-Christ, Dieu parachève sa création, c’est bien l’univers entier qui est embrassé en Dieu.

Déjà là, mais pas encore...

Ensuite, je pourrais vous dire que le Royaume de Dieu est déjà là, mais pas encore : le Christ pose des signes visibles d’un Dieu qui vient chercher l’homme jusque dans sa faiblesse, jusque dans sa fragilité, pour le ramener à lui, tendrement, tel un berger prend soin de ses brebis[8].En partageant notre humanité, il nous fait participer à sa vie divine.

Mais force est de constater que le Royaume est encore en achèvement, même si le tout de Dieu a été dit en Jésus-Christ. Dieu ne veux pas faire advenir son Royaume malgré l’Homme, nous ne sommes plus ses serviteurs mais ses amis[9], et dans cet enfantement parfois douloureux[10], il nous donne les talents et la responsabilité de faire fructifier notre humanité, selon son cœur, en toute liberté[11].

Un Royaume qui dérange !

Mais, je voudrais vous dire ceci : n’entretenons pas une belle image pieuse du Royaume de Dieu, car ce Royaume est dérangeant. Les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées[12]. Que dire de tous ces évangiles qui nous chatouillent là où ça fait mal, et que nous avons parfois vite fait d’oublier, une fois la messe terminée :

  • Lavement des Pieds« Laissez les morts enterrer leurs morts »[13], notre Dieu est le Dieu des vivants, et c’est bien l’espérance qui est une vertu théologale, pas la nostalgie.
  • Les ouvriers de la dernière heure[14], ou le bon larron[15], celui qui se convertit au dernier moment bénéficie de la même générosité que le croyant fidèle depuis son baptême.
  • Le lien qui unit les croyants dans la foi qui est plus fort que les liens du sang, comme nous le dit l’évangile d’aujourd’hui[16].
  • La loi religieuse et la morale sont faites pour l’homme et pas l’inverse[17], et par conséquent ce qui prime, c’est la vie et pas la loi.
  • Enfin, le lavement des pieds[18], qui renverse tous les codes sociaux et religieux des disciples, où le Christ nous dit que le chemin de notre humanité, c’est l’humilité et le service, et que ce chemin d’humanité-là, c’est le lieu de notre Sainteté, de notre vie avec et selon le cœur de Dieu !

Tous ces passages nous dérangent, ils mettent à mal notre orgueil et nos désirs de pouvoir. Car n’est-ce pas là le péché d’origine : l’orgueil, le désir d’autosuffisance et de domination, le refus de l’interdépendance et de se recevoir de Dieu et des autres ? « Si vous mangez de ce fruit, vous serez comme des dieux »[19].

Déjà, à l'époque des premiers disciples, cette bonne nouvelle était « scandale pour les Juifs, folie pour les paiens »[20]. Vingt siècles après, cela n'a pas changé !

De l'orgueil à l'interdépendance

Saint Ignace enseigne la prière d’alliance, et j’ai toujours trouvé que cette prière était une brèche dans mon orgueil personnel, surtout quand on la met en pratique avec les autres.

  • Merci : si je sais dire merci, je me reconnais redevable, dépendant de la bonté de l’autre, j’accepte de me recevoir de l’autre et de me laisser grandir et le Royaume avance dans mon cœur.
  • Pardon : lorsque j’ai blessé quelqu’un, si je suis capable de m’excuser, y compris auprès de celui dont j’estime que je n’ai pas à m’excuser auprès de lui, je lui reconnais alors la même dignité d’Enfant de Dieu que celle dont je jouis et en me mettant à la merci d’un pardon demandé, le Royaume avance dans mon cœur.
  • S’il te plaît : en osant demander, je reconnais que je ne suis pas tout puissant, que je dépends des autres, et que j’ai besoin d’eux pour vivre, et alors seulement, le Royaume avance dans mon cœur.

En cet anniversaire de la mort du Père d’Alzon, je nous souhaite à tous d’œuvrer et de prier de tout notre être « Pour que son règne vienne », mais surtout, pour que ce règne qui advient dans nos vies, ici, aujourd’hui et maintenant, continue de nous déranger !

Notes

[1] Gn 12, 1-7

[2] Ex 34, 27-28

[3] 2 Mac 7, 35-36

[4] Luc 24, 21

[5] Luc 24, 36-49

[6] Ap 21, 1-18

[7] Isaïe 11,6

[8] Ez 34, 11-12.15-17

[9] Jn 15,15

[10] Rm 8,28

[11] Luc 19, 12-27

[12] Mt 16, 21-26

[13] Luc 9, 57-62

[14] Mt 20, 1-16

[15] Luc 23, 39-43

[16] Mt 12, 46-50

[17] Mc 2, 27

[18] Jn 133, 1-15

[19] Gn 3, 1-6

[20] 1 Cor 1, 22-25

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