Il est question de lumière. De nombreuses homélies ont été faites sur la lumière de la foi, et la vérité de l’évangile, qu’on ne doit pas cacher une fois qu’on les a découvertes. En un mot : si l’on croit, il faut que ça se voit concrètement dans la vie ordinaire. Mais il n’est pas tant question de témoignage que de générosité et d’enthousiasme à partager avec les autres ce que nous avons expérimenté.

Je me méfie du prosélytisme, depuis toujours, car la volonté de convertir peut conduire les croyants à des comportements manipulateurs, moralisateurs, ne respectant pas la dignité et la liberté de l’homme, à qui l’on essaie d’imposer une manière de penser ou de vivre, ne respectant pas non plus la liberté de Dieu : son Esprit souffle où il veut, y compris en dehors des limites visibles de son Église, et nous devrions nous rappeler que, lorsque nous rencontrons un frère, une sœur, même incroyant, l’Esprit de Dieu nous a déjà devancé et l’a déjà visité.

Il est beaucoup plus juste de proposer, d’inviter à vivre une expérience de cœur à cœur et de compagnonnage avec le Christ. Au mieux, nous aiderons l’autre à se rendre disponible ou à identifier les signes du passage du Seigneur dans sa vie. Mais il y a aussi d’autres lumières qui méritent d’être partagées pour éclairer la vie de nos frères :

  • Peut-être l’un d’entre nous aura fait l’expérience que l’amitié et l’amour familial illuminent la vie,
  • Peut-être l’un d’entre nous aura fait l’expérience que le service gratuit, sans attente de retour, illumine la vie,
  • Peut-être l’un d’entre nous aura fait l’expérience que travail intellectuel rigoureux, la musique, le respect de notre planète, la justice sociale, l’accompagnement des jeunes, des pauvres, des orphelins illuminent la vie…

Toutes ces lumières méritent d’être partagées généreusement. Mais s’il est vrai que la lumière éclaire et réchauffe aussi, il est toujours question de juste mesure dans la manière dont on la partage :

  • Si nous sommes trop loin de la lumière, nous ne savons plus trouver notre chemin, et nous errons, nous avons froid et nous avons tendance à nous replier sur nous-mêmes.
  • Si nous sommes trop près de la lumière, nous serons aveuglés et certainement absolus et intransigeants pour ceux qui tentent d’approcher la lumière, et nous pourrions nous brûler de l’orgueil de croire que c’est nous qui brillons et pas la lumière.

Alors posons-nous joyeusement ces questions :

  • Qu’est-ce qui illumine votre vie de l’intérieur ?
  • Qu’est-ce qui vous met en joie, en vie, et où vous vous diriez « j’aimerais tellement partager cette expérience avec les autres » ?
  • Comment pourriez-vous partager généreusement cela autour de vous, sans discrimination, car la lumière éclaire dans toutes les directions ?
  • Comment pourriez-vous le faire avec la juste mesure nécessaire au respect de l'autre, de vous-mêmes, de Dieu ?

Chacun d’entre nous peut apporter ses réponses à ces questions, mais il est important de garder un cœur qui écoute, comme le dit la fin de l’évangile. Nous devons toujours demeurer en désir d’apprendre, rester à l’écoute, ne jamais croire que nous savons mieux que les autres parce que nous avons un statut social, religieux ou fait des études… L’intelligence du cœur se fiche de tout cela.

Vous vous demandez peut-être comment je suis arrivé à écrire ces lignes alors que je séchais devant ma copie : un temps d’oraison ? Une grâce particulière ? Un site internet sur les homélies ?

Non ! Samedi, j’ai perdu mon ticket de parking au supermarché, et j’étais franchement désemparé sur ce que je devais faire. Un homme qui ne parlait pas un mot d’anglais a été d’une extrême gentillesse face à mon embarras et m’a aidé à m’en sortir et récupérer ma moto. Quelques mots échangés en Vietnamien, mais pas de quoi faire une conversation, il n’attendait rien de moi. Cet homme - était-il catholique ? - avait certainement expérimenté qu’aider quelqu’un dans l’embarras pouvait illuminer la vie, et ce jour-là, il a décidé de partager cette lumière.