Le Ch'ti Bonheur

« Je voulais vivre intensément et sucer toute la moelle de la vie ! Mettre en déroute tout ce qui n'était pas la vie, pour ne pas m'apercevoir, à l'heure de ma mort, que je n'avais pas vécu. » (H.D.Thoreau)

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La foi chrétienne : programme politique ou superstition ?

Je me suis toujours méfié des attitudes grégaires, des comportements de masse.
Peut-être par peur du bourrage de crâne, peut-être parce que je tiens (trop ?) à l'expression de ma liberté,
Peut-être parce que j'ai un sérieux a priori de superstition ou d'idolâtrie lorsque les choses deviennent trop "évidentes".
Par conséquent, poser un regard positif sur la dévotion populaire, ou les prises de position identitaires,
Ou bien les revendications sociales hyper-politisées de certaines structures chrétiennes, est quelque chose de difficile pour moi.

D'autant plus difficile, qu'en certains lieux, surtout en France, j'ai pu observer des comportements de foi "déséquilibrés" :
Soit la foi est transformée en outil de lutte sociale et devient presque un programme d'action politique ;
Soit elle est le lieu d'élans mystico-gazeux, désincarnés et peu ancrés dans la vie et la réalité.

Dans les deux cas, ces excès sont souvent le signe d'un repli sur soi, d'un besoin de se sentir exister, et de se sentir exister en opposition.
Dans les deux cas, des signes hyper-ostentatoires d'appartenance sont posés, revendicatifs d'un identitarisme.
Dans les deux cas, le monde et la société sont diabolisés et méprisés, soit parce qu'ils ne respectent pas l'homme, soit parce qu'ils ne respectent pas Dieu.

Le juste milieu de la foi

Pourtant, la foi chrétienne est dans un juste milieu entre ces deux pôles :
Bonne nouvelle pour tout l'Homme, elle le rejoint dans ses réalités les plus concrètes,
Œuvre à sa dignité, et le situe dans un projet qui le dépasse, le don d'une vie en plénitude, pour toujours.

Paradoxe apparent, j'ai toujours été un amoureux de la liturgie, car je trouve qu'elle nous rejoint là où nous sommes,
Prend en compte tout l'Homme et nous ouvre à plus grand que nous.
Et de ce point de vue, j'ai été très impressionné de la ferveur des Vietnamiens pendant la Semaine Sainte.
Ils portent une espérance, une attente car ils ont conscience d'avoir besoin d'être sauvés, eux qui vivent dans une société d'oppression feutrée.

C'est toute la beauté et l'ambiguïté de la foi. Elle est un soutien pour résister dans la tourmente.
Toute l'histoire du Salut se décline d'ailleurs ainsi dans la bible : le Dieu d'Israël est un Dieu sauveur, qui arrache l'homme à la servitude et à l'oppression !
Mais que dire d'une foi qui ne se construirait qu'en opposition à un système, par sentiment d'appartenance identitariste, protectionniste ?
Tiendra-t-elle le jour où l'oppression cessera ?

Que ce soit par opposition ou par connivence, foi et pouvoir politique n'ont jamais fait bon ménage :
En Europe, l'Eglise aurait-elle eu le même succès si elle n'avait pas elle-même persécuté (pour le salut des âmes. Sic !),
Sans s'allier aux pouvoirs politiques et en retirer une certaine primauté, sans maintenir les gens dans la peur de la damnation éternelle,
Perversion superstitieuse du message évangélique ?

Alors, je me méfie d'une certaine vision de Dieu qui viendrait nous sauver malgré nous, de manière interventionniste,
Ou bien à l'opposé d'une foi un peu trop dans la militance politique, et la revendication sociale identitaire,
Qui véhiculent, dans un cas comme dans l'autre, un certain mépris du monde !

La bonne nouvelle

Car le projet de Dieu est tout autre : ce monde, il l'aime, et l'Homme, comme le dit le texte de la genèse que nous avons entendu samedi soir, est fondamentalement bon.
Le projet de Dieu, il est simple : partager l'expérience de notre humanité pour que nous partagions son expérience de Vie Divine. Pas moins que cela.
Mais seules la vie, la mort et la résurrection de Jésus peuvent nous faire entrevoir ce que cela implique et l'abondance de ce Dieu veut pour nous !

Un grand théologien du XIIIème siècle, béatifié par l'Eglise, Jean Duns Scot, disait :

"Penser que Dieu aurait renoncé à une telle œuvre si Adam n’avait pas péché ne serait absolument pas raisonnable !
Je dis donc que la chute n’a pas été la cause de la prédestination du Christ et que – même si personne n’avait chuté, ni l’ange ni l’homme –
Dans cette hypothèse le Christ aurait été encore prédestiné de la même manière."[1].

Autrement dit, même si l'homme n'avait pas péché, Dieu se serait quand même incarné.

Il me libère du péché, oui ! Il me sauve de la mort, oui !
Mais cela n'est qu'une conséquence de son projet, de son incarnation et de sa résurrection…
En un mot, il nous libère de ce qui nous empêche de partager sa vie !

L'humanité, lieu de notre sainteté

Car Dieu ne nous libère pas de notre humanité. Au contraire, il vient l'assumer, l'accomplir.
En se faisant l'un des nôtres, il nous montre que notre humanité n'est pas un obstacle à notre sainteté,
C’est-à-dire à notre vie avec lui, mais elle en est le chemin.

Quand nous disons, à l'Assomption, "Que ton règne vienne",
C'est aussi cela que nous disons : le Royaume de Dieu, c'est déjà aujourd'hui, ici et maintenant.
Ce monde, notre condition humaine, sont le lieu de la vie avec Dieu, et nous n'avons pas à en être libérés.

Et d'ailleurs, je vous disais que j'affectionne particulièrement la liturgie car elle ouvre le cœur de l'Homme au projet de Dieu.
Voici un bel exemple, car il est rare que le rituel demande explicitement de ne pas faire quelque chose et cela mérite d'être souligné.
Durant le temps Pascal, le rituel demande de ne pas s'agenouiller pendant la liturgie.
Le Christ met l'homme debout, face à Dieu, et notre manière de célébrer en est changée !

Déjà là, mais pas encore

Mais nous avons besoin d'être sauvés de ce qui, dans le monde, emprisonne et défigure l'Homme.
Car le Royaume de Dieu ne sera pas encore tout à fait là tant qu'il subsistera un homme dont la dignité est bafouée.

Et nous avons à œuvrer à cette espérance. Très concrètement, dans l'engagement politique, social, culturel, économique.
Les Chrétiens sont appelés à transformer le monde en l'aimant, et pas en le méprisant !

Quelle est notre espérance ? A quoi nous provoque-t-elle ?
Quels engagements sommes nous prêts à prendre, même s'il nous en coûte ?

En Europe, certains de Chrétiens n'attendent plus rien, n'espèrent plus rien.
Ils sont de bons gestionnaires, y compris parmi les prêtres ou les évêques.

Mais nous ne sommes pas les conservateurs d'un musée protégeant un patrimoine fragile :
La foi, l'espérance et la charité ne s'usent que si on ne s'en sert pas !

Bonne fête de Pâques

Alors, entrons dans la vie de Dieu, œuvrons à plus d'humanité, comme signe visible de cet amour fou qui nous dépasse !
Soyons des ouvriers d'espérance ! Seigneur, que ton règne vienne !

Notes

[1] (in III Sent., d. 7, 4)

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