Question d'humilité

Nous constations parfois une réticence, en nous-même et chez les autres, à ce qu'on nous rende service. Mais pourquoi ?

  • Peut-être pas grandit et éduqué dans une culture de solidarité ?
  • Peut-être une certaine difficulté à dire merci ? Solidarité
  • Peut-être que cela fait naître le sentiment inapproprié d'être redevable[1] ?
  • Peut être un certain orgueil ou manque d'humilité ?

Ce dernier point a retenu notre attention, et nous constations que cette attitude de vouloir se débrouiller tout seul, comme on dit, est souvent l'apanage de la jeunesse.
Ne rien vouloir recevoir des autres, se rendre inaccessible est souvent la traduction d'un sentiment de toute puissance et d'autonomie : C'est une quête identitaire et une affirmation de soi.

Cette posture est fortement marquée chez les adolescents (14-20 ans) et les post-adolescents (20-30 ans)[2].
Elle est une transition normale vers une posture plus adulte qui ne décline plus les relations en terme d'opposition et de pouvoir, mais en terme de réciprocité et d'interdépendance.

Et pourtant, il faudra bien accepter de passer de l'orgueil à l'humilité.
Car aucun d'entre nous ne peut construire sa vie en refusant de contribuer à celle des autres, et sans accepter que les autres contribuent à la nôtre.
C'est certainement un des changement les plus difficiles pour devenir adulte...

Oui, mais il y a un problème !

Question de gratuité

Parce que, personnellement, et je suis sûr de ne pas être le seul, j'ai envie de répondre : "oui mais au moins, je ne dois rien à personne !"

Je parlais plus haut du sentiment inapproprié d'être redevable. Il est tout d'abord évident que la "dette" est un fil à la patte, une prison.
Mais si je dis inapproprié, c'est qu'il me semble qu'une vie relationnelle où on se sentirait obligé de "rendre" aux autres tout ce que nous recevons d'eux serait tout simplement invivable et vouée à l'isolement.

En effet, il y a dans la notion de "se rendre service", la notion de gratuité : on ne se doit rien !
La générosité de ceux et celles qui sont à l'écoute des besoins des autres se décline sans facturation et sans intérêts.
C'est difficile de croire que cela existe dans notre monde marchand, mais si si, je vous assure.

C’est toujours soi qu’on cherche à satisfaire en toutes choses.[3]
Je crois peu en la générosité pure, cependant. Les personnes serviables et généreuses y trouvent leur compte :

  • Renforcement de l'amitié et du lien social
  • Conformité à un idéal d'eux-mêmes
  • Conformité à un absolu ou une philosophie de vie
  • Joie que procure la générosité et de voir l'autre s'épanouir

Bref, celui qui rend service reçoit souvent déjà en retour au moment même où il s'exécute. Mais avouez que cela s'éloigne fortement d'une relation marchande, donnant-donnant.

Questions ouvertes

Nous constations que les personnes qui sont les moins attentives aux besoins des autres et à rendre service dans notre entourage sont souvent celles qui n'aiment pas qu'on leur rende service : ne serait-ce pas plus de l'orgueil que de l'égoïsme ?

Nous constations aussi qu'une générosité excessive peut être centrée sur soi plutôt que sur les autres : serait-ce un appel pour attirer l’attention sur soi et être un peu plus "aimé" ?

Quoi qu'il arrive, n'oubliez pas : quand les humains s'apprivoisent, le service est compris !

Notes

[1] Voir le paragraphe suivant

[2] Ces tranches d'age sont celles communément admises par les psychologues contemporains. La prolongation des études, la vie de couple et le départ du domicile familial de plus en plus tardif, la tendance markéting de la société à jouer sur des mécanismes de création de besoins et de consommation compulsive, contribuent à retarder les étapes humaines et psychologiques du passage à l'age adulte. Ce sont évidemment des tranches d'age et des comportements statistiques dont personne n'est prisonnier : on peut être célibataire, vivre chez ses parents ou faire des études longues, etc. et pourtant quitter sa peau de post-ado et prendre sa stature d'adulte très tôt.

[3] Mme de Sévigné