Le Ch'ti Bonheur

« Je voulais vivre intensément et sucer toute la moelle de la vie ! Mettre en déroute tout ce qui n'était pas la vie, pour ne pas m'apercevoir, à l'heure de ma mort, que je n'avais pas vécu. » (H.D.Thoreau)

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Service compris

J'avais ce week-end une discussion très intéressante avec un couple d'amis.
La discussion portait sur la posture curieuse qu'adoptent parfois les personnes de notre entourage quand on leur rend service.

Voici quelques extraits de notre réflexion.

Question d'humilité

Nous constations parfois une réticence, en nous-même et chez les autres, à ce qu'on nous rende service. Mais pourquoi ?

  • Peut-être pas grandit et éduqué dans une culture de solidarité ?
  • Peut-être une certaine difficulté à dire merci ? Solidarité
  • Peut-être que cela fait naître le sentiment inapproprié d'être redevable[1] ?
  • Peut être un certain orgueil ou manque d'humilité ?

Ce dernier point a retenu notre attention, et nous constations que cette attitude de vouloir se débrouiller tout seul, comme on dit, est souvent l'apanage de la jeunesse.
Ne rien vouloir recevoir des autres, se rendre inaccessible est souvent la traduction d'un sentiment de toute puissance et d'autonomie : C'est une quête identitaire et une affirmation de soi.

Cette posture est fortement marquée chez les adolescents (14-20 ans) et les post-adolescents (20-30 ans)[2].
Elle est une transition normale vers une posture plus adulte qui ne décline plus les relations en terme d'opposition et de pouvoir, mais en terme de réciprocité et d'interdépendance.

Et pourtant, il faudra bien accepter de passer de l'orgueil à l'humilité.
Car aucun d'entre nous ne peut construire sa vie en refusant de contribuer à celle des autres, et sans accepter que les autres contribuent à la nôtre.
C'est certainement un des changement les plus difficiles pour devenir adulte...

Oui, mais il y a un problème !

Question de gratuité

Parce que, personnellement, et je suis sûr de ne pas être le seul, j'ai envie de répondre : "oui mais au moins, je ne dois rien à personne !"

Je parlais plus haut du sentiment inapproprié d'être redevable. Il est tout d'abord évident que la "dette" est un fil à la patte, une prison.
Mais si je dis inapproprié, c'est qu'il me semble qu'une vie relationnelle où on se sentirait obligé de "rendre" aux autres tout ce que nous recevons d'eux serait tout simplement invivable et vouée à l'isolement.

En effet, il y a dans la notion de "se rendre service", la notion de gratuité : on ne se doit rien !
La générosité de ceux et celles qui sont à l'écoute des besoins des autres se décline sans facturation et sans intérêts.
C'est difficile de croire que cela existe dans notre monde marchand, mais si si, je vous assure.

C’est toujours soi qu’on cherche à satisfaire en toutes choses.[3]
Je crois peu en la générosité pure, cependant. Les personnes serviables et généreuses y trouvent leur compte :

  • Renforcement de l'amitié et du lien social
  • Conformité à un idéal d'eux-mêmes
  • Conformité à un absolu ou une philosophie de vie
  • Joie que procure la générosité et de voir l'autre s'épanouir

Bref, celui qui rend service reçoit souvent déjà en retour au moment même où il s'exécute. Mais avouez que cela s'éloigne fortement d'une relation marchande, donnant-donnant.

Questions ouvertes

Nous constations que les personnes qui sont les moins attentives aux besoins des autres et à rendre service dans notre entourage sont souvent celles qui n'aiment pas qu'on leur rende service : ne serait-ce pas plus de l'orgueil que de l'égoïsme ?

Nous constations aussi qu'une générosité excessive peut être centrée sur soi plutôt que sur les autres : serait-ce un appel pour attirer l’attention sur soi et être un peu plus "aimé" ?

Quoi qu'il arrive, n'oubliez pas : quand les humains s'apprivoisent, le service est compris !

Notes

[1] Voir le paragraphe suivant

[2] Ces tranches d'age sont celles communément admises par les psychologues contemporains. La prolongation des études, la vie de couple et le départ du domicile familial de plus en plus tardif, la tendance markéting de la société à jouer sur des mécanismes de création de besoins et de consommation compulsive, contribuent à retarder les étapes humaines et psychologiques du passage à l'age adulte. Ce sont évidemment des tranches d'age et des comportements statistiques dont personne n'est prisonnier : on peut être célibataire, vivre chez ses parents ou faire des études longues, etc. et pourtant quitter sa peau de post-ado et prendre sa stature d'adulte très tôt.

[3] Mme de Sévigné

Saisir un commentaire (2)

Julien Appert Julien Appert ·  08 septembre 2010, 00:12

Comme souvent, je suis d'accord avec toi. Juste un détail à préciser. Vouloir se débrouiller seul, quand on est jeune, c'est normal et à mon avis il est nécessaire de passer par cette étape. Car cela permet de mieux se connaitre, mieux connaitre ses propres possibilités comme ses propres limites.

Une fois qu'on a cette connaissance et la maturité de reconnaitre que l'on a besoin d'aide, on l'acceptera plus volontiers.

Quant à la générosité qui se paye par elle-même, tout à fait d'accord. Et j'en profite pour rebondir sur... la religion, forcément :D
C'est une pensée que j'ai déjà lu et que j'ai entendue à nouveau cette semaine, dans la bouche de Jean d'Ormesson. Il disait en gros : les croyants qui font le bien, ils le font avec l'espoir d'une récompense paradisiaque. Mais les athées qui font le bien, ceux-là sont de vrais héros, car ils le font juste pour le bonheur de faire le bien. Je précise que d'Ormesson se range dans les catégories des agnostiques ayant un penchant pour la foi.

Tiens, ça me fait penser qu'il faut que j'aille acheter son dernier bouquin. J'ai cru comprendre qu'il se mettait dans la peau de Dieu. Ça promet d'être passionnant !

Kompozitor Kompozitor ·  08 septembre 2010, 00:34

@Julien Appert : Héhé ! Oui ! Je suis d'accord avec ta précision : c'est une étape nécessaire. Mais comme dit le dicton : "il faut que jeunesse se passe" et l'étape initiatique de l'interdépendance et de l'humilité est une condition sine qua non de l'age adulte. Comme toute expérience initiatique, il faut évidemment en faire mémoire et l'actualiser tout au long de sa vie : rien n'est jamais acquis.

Les amis avec qui je discutais sont, tout comme moi, à la charnière entre la post-adolescence et l'age adulte, et nous étions juste surpris d'être nous-mêmes ou de voir les autres être de grands gamins dans des corps d'hommes et de femmes. C'est ce contraste qui est déroutant dans la réaction des autres ou les nôtres.

En ce qui concerne la dialectique de la rétribution dans la religion, c'est en effet une grosse question. La plupart des grands spirituels chrétiens s'accordent pour dire que c'est une forme immature de foi, étape nécessaire pour découvrir que la grâce est offerte de manière totale et gratuite et que c'est en réponse à cet amour total que l'Homme est provoqué à changer sa vie.

Le chemin est inverse : ce n'est pas l'homme qui marchande son salut avec Dieu, mais l'homme qui répond joyeusement et librement à une grâce offerte a priori et sans condition. L'homme ne se damne lui-même que s'il refuse de choisir la vie qui lui est offerte, pas s'il n'a pas été assez malin pour la marchander correctement. :whistle:

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