Le Ch'ti Bonheur

« Je voulais vivre intensément et sucer toute la moelle de la vie ! Mettre en déroute tout ce qui n'était pas la vie, pour ne pas m'apercevoir, à l'heure de ma mort, que je n'avais pas vécu. » (H.D.Thoreau)

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L'art de s'accorder

S'accorderTout au long de notre vie, régulièrement, nous aurons à nous ré-accorder avec notre entourage :
Malentendu, désaccord, indélicatesse, maladresse, méchanceté, non-dit, incompréhension, mensonge, oubli...
A un moment ou un autre, nos limites viennent rejoindre celles de ceux avec qui nous avançons dans la vie.
Faire le point est un exercice que j'ai eu l'occasion de pratiquer un certain nombre de fois ces derniers mois.
Je vous livre ma réflexion.

Prendre du recul

Quand on est blessé, contrarié, la première chose qu'on a envie de faire, c'est de mordre, de faire mal à l'autre pour qu'il souffre autant que soi.
On risque alors de dire des choses qui dépassent notre pensée et et que l'on risque de regretter par la suite.

  • Ne pas communiquer (parler, envoyer de mail, sms...) sous le coup de la colère ou de l'émotion.
  • Prendre le temps de nommer précisément et d'écrire ce qui s'est passé, les faits.
  • Prendre le temps de nommer précisément et d'écrire les émotions que ces faits ont provoqué en soi.
  • Trouver un moyen d'évacuer la colère ou la contrariété (moi, par exemple, j'écris une lettre avec toutes les horreurs qui me passent par la tête mais que je ne pense pas vraiment, puis je la brûle).

Les avantages et les pièges de l'écrit

Se confronter aux autres, c'est toujours difficile, pour tout le monde. L'écrit peut être un bon moyen "d'amorcer la pompe" et de solliciter un échange.
Il permet aussi de garder une juste distance, parfois nécessaire, pour favoriser un échange serein et ne pas se "taper dessus".
Cependant, comme je le soulignais dans mon billet précédent, il y a trois gros dangers de l'écrit :

  • Il peut devenir un défouloir grâce auquel on évacue sur l'autre sa colère ou sa contrariété, sans s'assurer de la bonne réception et compréhension du message. Cela peut vite tourner à l'échange de monologues non constructif.
  • Les mots n'ont pas la même signification pour tout le monde. Dialoguer en mode différé peut favoriser l'incompréhension, là où un échange direct aurait permis de se mettre d'accord sur le sens de ce qui est dit.
  • Il n'y a pas que les mots. Le langage non verbal fait 90% du travail. On pourrait dire quelque chose de très dur à quelqu'un, mais en le disant face à face avec un langage non verbal qui exprime la bienveillance, qui passerait beaucoup mieux qu'un petit reproche envoyé par sms.

Ne pas tomber dans l'interprétation

C'est la tendance naturelle de tous : analyser les paroles et les comportements des autres à partir de notre propre référentiel, de notre propre grille de fonctionnement.
On risque alors de se tromper lourdement sur ce que l'autre vit et pense.
De la même manière, on se comporte souvent avec les autres comme on aimerait qu'ils se comportent avec nous dans la même situation.
On risque alors de faire passer un message tout à fait contraire à celui qu'on voulait exprimer.

  • Prendre le temps de demander à l'autre la signification de telle parole ou tel comportement pour lui.
  • Prendre le temps de reformuler pour acquiescer ensemble d'un sens commun.
  • Demander à l'autre ce dont il a besoin pour avancer.

L'arbre qui cache la forêt (ou ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain, comme vous préférez)

Quand on a un différent avec quelqu'un, on a parfois tendance à ne plus voir que ça et à oublier tout ce qui a été partagé, et tout ce que l'avenir offre de possible.
C'est un gros risque que de réduire l'autre à cela, d'autant plus que cette réduction se fait sur la base d'un sentiment négatif. Or l'autre ne peut se réduire à ses défauts ou ses maladresses.

  • Prendre le temps de faire mémoire des bons moments passés ensemble.
  • Prendre le temps de nommer les qualités qu'on apprécie chez l'autre.
  • Prendre le temps de nommer quelque chose que l'autre nous a apporté et pour laquelle on aurait envie de le remercier.
  • Prendre le temps de replacer ce différent dans le temps, faire mémoire et envisager l'avenir, et l'espace, la place de cette relation dans son réseau relationnel.
  • Éviter de comparer votre interlocuteur avec d'autres personnes ou soi-même : chaque personne est unique, a ses qualités et sa richesse propres, sa part d'ombre et ses axes de croissance.

La parole bienveillante sauve, le non-dit tue

La formulation de ce qu'on a à dire est très importante. On peut basculer facilement dans des formulations qui expriment implicitement le reproche ou qui donnent des leçons.
C'est un risque à éviter, que de faire des procès d'intentions ou de projeter sur l'autre ce que nos émotions nous dictent. Ce pourrait être une blessure par dessus la blessure.

  • Être vrai et ne pas laisser de zones d'ombre ou de non-dits (qui peuvent être perçus comme de la méfiance ou des reproches non-formulés).
  • Dire ce qu'on a perçu des événements (les faits), et ce qu'on a ressenti (les émotions).
  • Éviter le "Tu" qui tue et faire des phrases en "Je" : "Lorsque ça s'est produit, je me suis senti..." plutôt que "Tu m'as...".
  • Reformuler : "Donc si je comprends bien, tu es entrain de me dire que...".
  • Ne pas juger les sentiments de l'autre, même si nous ne les comprenons pas et qu'ils nous semblent injustifiés. Il n'y a pas de petite souffrance.

Le juste temps est notre ami

Parfois il faut laisser du temps pour que les choses se tassent et que chacun prenne du recul.
Mais il n'est pas bon de laisser traîner les choses, surtout si des zones de flou subsistent : elles pourraient être l'objet d'interprétations qui aggravent le différent.

  • Décider ensemble du rythme qui convient à chacun.
  • Prendre un rendez-vous précis.
  • Choisir le lieu ensemble.
  • Définir clairement les modalités et l'état d'esprit de la discussion.
  • Décider ensemble du déroulement de l'après mise au point : dans les jours, semaines qui suivent, que fait-on pour que chacun se sente respecté et que la discussion porte du fruit ?

Pardonner vaut mieux qu'avoir raison

Dans un différent, il n'y a jamais un qui est tout blanc et l'autre tout noir. Les responsabilités sont souvent partagées.
Chacun a peut-être décidé ce qui lui semblait être le mieux, sans malveillance envers l'autre, mais sans que cela améliore la situation.
Et parfois, des questions resteront sans réponses et sans consensus : parfois on se rate, c'est comme ça, et il ne faut pas chercher plus de sens que ça n'en a.
Dans tous les cas, pardonner vaut mieux qu'avoir raison. La rancœur blesse d'abord celui qui la porte, puis les autres et l'amertume est le pire poison de l'âme.

Croire en soi, en l'autre et en l'avenir

Lorsque les limites de l'autre nous blessent, les deux réactions instinctives sont de contre-attaquer ou de fuir.
Il y a une troisième voie, propre aux humains : accepter cette blessure par amour ou par amitié, pardonner et croire en l'avenir.
C'est ce qu'on appelle l'espérance : la joie, la paix, l'amitié et l'amour nos proches sont à ce prix, car il n'y a pas d'amour sans souffrance.
L'amitié et la confiance ne se prêtent pas, elles se donnent. Seule cette fidélité fondamentale porte du fruit.
Il n'y a pas de belle musique d'ensemble sans prendre le temps de s'accorder ! C'est ce qui constitue notre humanité profonde :
Choisir jouer la partition de la vie, de continuer la route et le compagnonnage avec des humains, dont nous sommes,
Parfois durs d'oreille et parfois durs de cœur, boiteux et en devenir.

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