Le Ch'ti Bonheur

« Je voulais vivre intensément et sucer toute la moelle de la vie ! Mettre en déroute tout ce qui n'était pas la vie, pour ne pas m'apercevoir, à l'heure de ma mort, que je n'avais pas vécu. » (H.D.Thoreau)

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Vous avez dit... positive ?

Le sujet fait débat, voire même polémique, depuis plusieurs jours : est-ce vraiment utile de rajouter le qualificatif "positive" à la suite du mot laïcité ?
Il est vrai que la nécessité ressentie par certains, dont le Président de la République Nicolas Sarkozy et le Pape Benoît XVI, de formuler cette précision laisse entendre que la laïcité est foncièrement négative. Voici mes quelques réflexions à ce sujet.

Une histoire qui pèse lourd !

La loi de 1905 amène trois nouveautés :

  • Elle proclame la séparation de l'État Français et de l'Église Catholique, qui n'est plus, de fait, religion d'état (conséquences : l'état ne nomme plus les évêques et ne rémunère plus les prêtres).
  • Elle établit l'indépendance de l'état Français par rapport à toutes les religions (au cas où quelqu'un d'autre aurait souhaité prendre la place de l'Église Catholique).
  • Elle protège les citoyens quand à la liberté de croyance et d'exercice du culte.

Cette loi est le fruit d'une longue maturation. Car si on y réfléchit bien, la séparation de l'Église et de l'état était déjà plus ou moins consommée le jour où on a décapité Louis XVI, souverain de droit divin !
Elle naît dans la douleur, donc, chargée du poids de l'histoire mais aussi de toute la rancœur d'hommes et de femmes reprochant à l'Église ses privilèges et sa richesse, la lourdeur de la morale qu'elle a su imposer de manière culpabilisante et emprisonnante, sa compromission avec le pouvoir et l'argent, évidemment à son avantage. La IIIème république ne vient que concrétiser un mouvement amorcé bien avant elle, dans un contexte géopolitique international plutôt très difficile, après un siècle douloureux, où la France n'a fait qu'aller de révolution en guerres, en passant par tous les régimes politiques imaginables, rappelons-le.

Dans quelle mesure ces rancœurs étaient-elles justifiées ? Difficile à dire, Il n'est jamais sain de juger l'histoire avec un regard postérieur, tant les mentalités et la culture changent vite. Mais on le sait, tout en continuant à faire naître en son sein de grands intellectuels, de grands artistes et de grands Saints, l'Eglise-institution a souvent franchie la ligne pour rechercher son propre intérêt et son confort.

De ce climat tendu découlera de nombreuses années de "guerre froide" avec d'un côté les anti-cléricaux, athées, le plus souvent communistes (pensez aux films "Don Camillo") et les catholiques. Vécue comme une libération par les premiers et un rejet par les seconds, on comprends que la notion de laïcité renvoie à des choses douloureuses et difficiles dans l'inconscient collectif.

La laïcité à la Française

La laïcité, en France se décline de manière très particulière : la loi de 1905 protège la liberté de croyance et de culte... tant que cela reste dans la sphère du privé. C'est une laïcité de confinement et de dissimulation.
Ceci induit un certain état d'esprit qui peut poser question. Jusque très récemment, on ne parlait pas de religion en France : c'est tabou ! C'est privé !
Parfois, on parle plus facilement sexualité avec ses amis que conviction religieuse ! Parfois même, lorsque vous exprimez que ces aspects vous tiennent à cœur, que vous avez des convictions, ou même si vous n'en avez pas et que vous déclarez tout simplement vous poser des questions, on se rend compte que certaines personnes se sentent dérangées ou agressées par votre recherche ou vos convictions (comme si ma liberté de croire venait nier la liberté de l'autre à ne pas croire !).

Il faut savoir que cet état d'esprit est vraiment typiquement Franco-Français : dans bien d'autres pays, en particulier du nord de l'Europe, religions et états vivent leurs vies séparément, comme en France, mais on n'oublie pas que la dimension spirituelle fait partie de l'Homme et qu'elle doit être prise en compte dans l'organisation de la société, quelque soit la religion (Ce déni de la dimension spirituelle de l'homme induite par cette caricature de laïcité peut être dangereux : la France est un des pays d'Europe où les sectes recrutent le plus).

La Religion n'est pas alors vécue comme une menace, mais comme une composante à part entière de la vie en société. Il en découle, à mon avis, un plus grand respect, plus de dialogue et d'échanges. Culturellement aussi, on sait que les convictions religieuses sont source d'inspiration pour de nombreux artistes, et force est de constater que très souvent en France, l'émulation artistique qu'on pourrait espérer entre le séculier et le religieux, entre le culturel et le cultuel, est à son point mort.

Ceci étant dit, je crois que c'est une excellente chose que les religions et l'état soient indépendants. C'est une situation saine, qui laisse à chaque institution sa liberté, qui permet de s'interpeler mutuellement et de ne pas se retrouver dans des situations où l'on aurait à se compromettre pour rechercher son propre intérêt et à entrer dans un jeu de séduction malsain. Le vis à vis oui, la compromission, non !

Caricatures et pièges à éviter

Puisqu'on reprends le puzzle de la laïcité et qu'on en déplace quelques pièces, voici quelques pièges dans lesquels il ne faudrait pas tomber, et les raisons qui pourraient nous y précipiter :

  • L'antireligieux primaire. La IIIème république, c'est finit ! La dimension spirituelle fait partie de l'humain et il y a moyen d'inventer une société où, la religion restant dans la sphère privée, cette dimension serait prise en compte sereinement. Les causes d'une telle hostilité : la morale rigide, un problème avec l'autorité, l'illusion que croire au divin éloigne de l'humain et le dénigre, des expériences douloureuses avec des représentants de telle ou telle confession...

  • L'espérance d'une société religieuse. Je croise encore parfois des Chrétiens qui vivent de cette nostalgie-là, le retour à une société chrétienne, où des musulmans ou des juifs qui entretiennent ce désir de "religionner" les institutions. Je crois que c'est une bonne chose que la religions et les institutions civiles soient indépendantes. La société religieuse est un leurre, un mythe déchu qui appartient au passé. Les causes : une peur de l'avenir, le besoin de se sécuriser, un lavage de cerveau dogmatique, le désir d'une radicalité mal canalisée...

  • La compromission. Que cela soit de la Religion par rapport à l'État ou dans le sens contraire, l'un et l'autre n'ont pas à mendier les faveurs de son vis à vis au déni de ce qu'il sont, dans le simple but de chercher son intérêt. Le dialogue et le compromis sont de rigueur sur fond de respect et de dialogue. Les causes, elles sont souvent plus complexes que de simples leviers psychologiques personnels. Mais on peut se demander qu'est-ce qui pousse un Nicolas Sarkozy à se comporter presque comme un monarque de l'ancien régime avec Benoît XVI et en faire avec lui un peu plus qu'avec les autres chefs d'état. Religion, opium du peuple ? Souhaitons que ça ne soit pas le cas...

Positive ou différente

L'expression "laïcité positive" est très maladroite. Tout comme "laïcité ouverte" d'ailleurs. Toutes deux indiquent que la laïcité en France est soit négative, soit fermée. Or, elle n'est ni l'une ni l'autre : le climat de IIIème république ne subsiste que chez quelques exceptions et les mentalités changent, les nouvelles générations sont plus paisibles face à ces questions.

Elle est tout simplement "à la Française", chargée du poids de son histoire. Certes, on peut lui souhaiter de "grandir" un peu ; de retrouver le lien fécond de ce que la religion peu apporter à la culture et de ce que la modernité de nos sociétés peut apporter à la foi ; de pouvoir être déployée plus simplement et librement dans la vie de tous les jours, pour ceux qui le souhaitent, et dans le respect de la liberté des autres, tout en réaffirmant que les convictions et les pratiques religieuses sont dans la sphère du privé et qu'aucune religion ne saurait prévaloir sur les autres dans un état laïc...

La dimension spirituelle est constitutive de l'homme, elle est vitale : à nous de savoir inventer cette société où chacun aura la liberté d'habiter et de déployer cette dimension... à's'mod', com' in disot par ichi :LOL.

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