Le Ch'ti Bonheur

« Je voulais vivre intensément et sucer toute la moelle de la vie ! Mettre en déroute tout ce qui n'était pas la vie, pour ne pas m'apercevoir, à l'heure de ma mort, que je n'avais pas vécu. » (H.D.Thoreau)

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Entre la nurserie et la légion !

Une réplique du célèbre Dr. Wilson au non moins célèbre Dr. House a accroché mon oreille :
"Te rendre malheureux ne fait pas de toi quelqu'un de meilleur, House. Ça te rend malheureux, c'est tout ! "

Le bonheur d'être triste

On a tous dans notre entourage des personnes qui portent ça en eux, parmi nos amis, nos collègues, nos connaissances. Parfois, c'est nous-mêmes qui sommes ainsi et qui tombons dans ce bonheur d'être triste. C'est humain et partout où il y a de l'Homme, il y a de "l'hommerie" !

Le bonheur d'être triste, c'est cette capacité à toujours voir le verre à moitié vide, à se faire plaindre, à s'auto-dévaloriser ou à se dévaloriser aux yeux des autres, à se focaliser sur ce qui manque et à s'en lamenter plutôt qu'à se réjouir de ce qui est.
A l'origine de ça, des causes diverses et variées, chacun porte en soi les siennes. Mais les deux qui se dégagent en tête seraient certainement l'hyper-exigence avec soi-même (et du coup avec la vie et avec les autres), ou bien une sorte de "pleurnichade symbolique" qui, en nous faisant plaindre, nous apporte l'attention et la sollicitude des autres.

Mais comme le dit si bien le Dr. Wilson, se rendre malheureux ne nous rend pas plus consistants, au contraire ! Cela nous rend juste plus tristes, plus amers, parfois même en colère que les autres ne prêtent pas plus d'attention à la litanie de nos contrariétés et de nos frustrations. Dans les pires des cas (et j'en connais...), certains font le vide autour d'eux et créent leur propre enfer d'isolement à force de vomir sur les autres contrariétés et frustrations.

Ne vous y méprenez pas, je ne cherche pas à être dur avec qui que ce soit, j'emploie juste des mots violents à la mesure de cette violence que nous nous infligeons à nous-mêmes. Au contraire, comme tout homme, il m'arrive aussi de tomber dans ce bonheur d'être triste. Et je sais d'expérience que le seul moyen de ne pas s'y enliser, c'est la tendresse exigeante de ceux qui me sont proches.
Car peu importe les raisons profondes, l'Homme est fait pour la bénédiction et il est lui-même, en tout premier lieu, béni.
Devenir ce que nous sommes, c'est aussi exercer notre regard et notre cœur à sortir de ces postures qui datent de la petite enfance pour s'ouvrir, s'éveiller à ce qui est bon et beau et s'en réjouir !

Marche ou crève

Il serait cependant illusoire de croire que la vie, c'est Bisousnours-land ! La vie est souvent dure, cruelle. Nous le sommes même parfois entre nous, ou avec nous-mêmes !

Je croise souvent des "handicapés de l'interdépendance". Je le suis moi-même parfois.
A arborer comme une bannière cet orgueil qui nous pousse à ne pas vouloir dépendre des autres, à ne pas vouloir qu'on nous aide, à s'interdire de dire qu'on a pas le moral ou que telle ou telle chose est difficile, à vouloir se débrouiller tout seul ! En un mot, à vouloir "être des grands" !
Et pour se donner bonne conscience, on trouve facilement moyen de se réfugier derrière des lieux communs bien rassurants : "je ne veux pas déranger les autres avec mes soucis" (ce qui est parfois le cas), "de toute façon, ça ne va pas les intéresser, et, que vont-ils faire ?". Bref, on trouve toujours de bonnes raisons à cela, on s'auto-justifie !

Comme je le disais dans "Ce Dieu passionné de l'Homme", refuser l'interdépendance, c'est refuser notre nature profonde. Nous sommes des êtres de relation et en tant que Chrétien, je crois que le Christ nous confie les uns aux autres. Ce qui veut dire prendre soin des autres. Mais aussi accepter que les autres prennent soin de nous.

C'est un énorme pas de maturité que d'accepter de s'exposer vulnérable aux autres, y compris à ceux qui nous sont les plus proches (c'est même souvent, paradoxalement, ceux avec qui c'est le plus difficile). Mais il y a comme une sorte de négation de soi à se forger une image de "super-moi" qui va toujours bien et qui n'a jamais de soucis.
L'Homme est fait pour la bénédiction, mais il n'est pas seul : c'est ensemble que nous sommes bénis, et notre première bénédiction, c'est de pouvoir avancer dans la vie avec famille, amis, amours.

En guise de conclusion

Entre la nurserie et la légion, entre le bonheur d'être triste et marche ou crève, il y a, je crois, un chemin tout autre, radicalement plus humain, radicalement plus consistant. Un chemin qui fait grandir et comme pour toute croissance, un chemin où il faut trouver un équilibre (pensez au bébé qui fait ses premiers pas).
Ce chemin, c'est le chemin d'une bénédiction donnée et reçue, déjà entre nous, humains et qui sait, de la part de Celui qui est peut-être à l'origine de tout cela !

Exerçons notre regard, notre cœur, pour discerner et bénir, pour consentir à être interdépendants, confiés les uns aux autres ! En route !

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Irwan Irwan ·  28 juillet 2008, 22:19

Tu poses une question essentielle : que veut dire "je me sens heureux" ou "je me sens triste" ? Si affirmation il y a, elle n'a de sens qu'au sens d'un groupe. Un individu qui se montre triste sera souvent heureux d'attirer l'attention des autres.

Qu'on soit bébé ou adulte, on utilise ce terme "pleurnicher" --> le triste voudra qu'on s'attendrisse, qu'on lui cède, ou tout simplement, qu'on lui prête l'épaule. Il ne cherche donc que le bonheur, au final.

Se rendre malheureux ne nous rend pas meilleur, certes, mais démontre, parfois, qu'on cherche à le devenir et, toujours, qu'on a besoin des autres. :-)

Kompozitor Kompozitor ·  29 juillet 2008, 12:00

@Irwan : Je suis assez d'accord avec ton analyse. C'est effectivement "un désir en creux", le bonheur d'être triste.
C'est pour cela que je parlais de la "tendresse exigeante" : il ne s'agit pas d'enfoncer celui qui cherche à être heureux et qui tombe dans ce ronronnement mais de lui apporter assez d'affection pour qu'il grandisse et qu'il prenne conscience qu'il n'a pas besoin de ce bonheur d'être triste pour être "aimable" (au sens fort du terme).
Mais je l'évoquais, c'est humain, et cela nous traverse tous à un moment ou un autre : ce qui est important, comme tu le dis autrement, c'est de pouvoir grandir ensemble. :great:

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