Mac DoEn fait, j'aime regarder les gens. Ici, dans ce lieu, à la terrasse d'un café en sirotant une bière ou au parc public. J'aime regarder les gens danser aussi... Je me pose souvent la question de leur histoire : qui sont-ils ?

  • Comment s'appellent-ils ?
  • Quel travail font-ils ? S'ils en ont un...
  • Qui sont les gens qu'ils aiment ?
  • Sont-ils aimés eux-mêmes ?
  • Ont-ils à leur côté une famille et des amis avec qui partager la tendresse nécessaire pour vivre dignement ?

Sur certains de ces visages, on distingue parfois les ombres de l'enfant qu'ils ont été et qui sommeille encore en eux, ou bien les paysages de la terre qui les a vu grandir... Car là est notre socle commun : on est de son enfance comme on est de sa terre et les racines du sang s'entremêlent avec celles de l'humus qui voit germer les petits d'hommes...

Comment s'appellent-ils ? Suis-je le seul à accorder de l'importance aux prénoms ? Parce qu'après tout, c'est par ces quelques syllabes qu'on établit le lien avec les autres, chaque jour. C'est au son du prénom d'un(e) ami(e) que mon cœur va se réjouir... Nommer, donner un nom avait une importance extrême pour les Hébreux dans le Premier Testament. Nommer, c'était dire la vocation, c'était donner du sens, donner une identité... Est-ce pour cela que j'aime bien veiller tard la nuit ?

Tu délires, Greg, me direz-vous : non-seulement on n'est pas conditionné ni déterminé par son prénom, mais on n'est pas non plus prisonnier de son histoire, de ses racines familiales, ou géographiques... Oui, c'est très vrai ! Nos amitiés et nos amours nous façonnent autrement : "pris en otage par le surgissement du visage de l'autre"[1], nous devenons ce que nous sommes en allant enfouir de nouvelles racines dans de nouvelles terres...

Mais, je m'égare ! Beaucoup de visages fatigués dans ce Mac Do. En même temps, il est 7h30... Beaucoup de gens seuls... Pour certains, c'est le petit dèj pratique avant le boulot. Pour d'autres, on le voit bien, c'est le moment de vie sociale de la journée. Et pourtant : aucune table n'est placée en vis à vis ; le volume de la musique est réglé juste assez fort pour que les clients ne partent pas trop vite, mais ne se parlent pas non plus (j'ai particulièrement aimé ce morceau de rap américain "I want to f**k you", raffinement extrême pour démarrer la journée) ; enfin, le jeton qu'il faut aller demander à la caisse pour aller aux toilettes, juste histoire que tout le monde sache... Enfin, vous m'avez compris...

Je sors du Mac Do, je me sens seul. J'ai envie de décrocher mon téléphone et d'appeler un pote. Il est encore trop tôt, je renonce. Je me dis qu'au moins, le brunch était bon et peut être nourrissant. Bon ? Réflexion faite, ça flatte le goût, sans plus...

Une heure après, j'avais faim. Apparemment, le Mac Do n'avait pas réussit à combler ni mon estomac, ni mon appétit de vie...

Notes

[1] (E. Levinas)